LA BATAILLE D'AUSTERLITZ

Avant la bataille

DOLGOROUKOV
"Nous allons déborder, couper, tourner l'Empereur des Français, tomber sur ses flancs et ses arrières..."
"Qu'on me confie 40000 hommes et je vous ramène l'Armée française, moins les fuyards, entièrement capturée."

NAPOLEON
"Si je voulais empêcher l'ennemi de passer, c'est par ici que je me placerais, sur ces hauteurs (de Pratzen). Mais alors je n'aurais qu'une bataille ordinaire... Si, au contraire, je refuse ma droite en la retirant vers Brunn et que les Russes abandonnent ces hauteurs pour m'envelopper, fussent-ils 300000 hommes, ils seront pris en flagrant délit et perdus sans ressource."

NAPOLEON, 1er décembre 1805
"Soldats !
L'armée russe se présente devant vous pour venger l'armée autrichienne d'Ulm. Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Olla Brunn et que depuis, vous avez poursuivis constamment jusqu'ici.
Les positions que nous occupons sont formidables et pendant qu'ils marcheront pour couper ma droite, ils me présenteront le flanc.
Soldats, je dirigerai moi-même tous vos bataillons. Je me tiendrai loin du feu si, avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis, mais si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre empereur s'exposer aux premiers coups, car la victoire ne saurait hésiter dans cette journée surtout où il y va de l'honneur de l'infanterie française qui importe tant à l'honneur de toute la Nation.
Que, sous prétexte d'emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs et que, chacun soit bien pénétré dans cette pensée, qu'il faut vaincre ces stipendiés de l'Angleterre qui sont animés d'une si grande haine contre notre Nation.
Cette victoire finira notre campagne et nous pourrons reprendre nos quartiers d'hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France ; et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi."
ORDRES
Au bivouac en avant de Brünn, l0 frimaire An XIV (1er décembre 1805).

Ordre au maréchal Davout de réunir ses troupes à l'abbaye de Raigern.
Ordre au maréchal Bernadotte de prendre la position du bivouac du général Caffarelli.
Ordre au général Caffarelli de prendre le bivouac de la division de grenadiers
Ordre aux grenadiers de se porter en avant de la butte, sur la droite de la route.
Ordre à la division Suchet et à la division Caffarelli de se placer en avant à droite de la route, à la hauteur du Santon.
Ordre au 176 régiment d'infanterie légère de prendre position au Santon.
Ordre au quartier général de se transporter à la butte.
Le maréchal Berthier, par ordre de l'Empereur.


DISPOSITIONS GÉNÉRALES POUR LA JOURNÉE DU 11 FRIMAIRE AN XIV
Au bivouac en avant de Brünn, 10 frimaire An XIV ( 1er décembre 1805). 8 heures et demie du soir.

M. le maréchal Soult donnera les ordres pour que ses trois divisions soient placées au delà du ravin, à sept heures du matin, de manière à être prêtes à commencer la manœuvre de la journée, qui doit être une marche en avant par échelons, l'aile droite en avant. M. le maréchal Soult sera de sa personne, à sept heures et demie du matin, près de l'Empereur, à son bivouac.
S.A. le prince Murat donnera des ordres à la cavalerie du général Kellermann, à celle des généraux Walther, Beaumont, Nansouty et d'Hautpoul, pour que les divisions soient placées, à sept heures du matin, entre la gauche du maréchal Soult et la droite du maréchal Lannes, de manière à occuper le moins d'espace possible, et pour qu'au moment où le maréchal Soult se mettra en marche, toute cette cavalerie , aux ordres du prince Murat, passe le ruisseau et se trouve placée au centre de l'armée.
Il est ordonné au général Caffarelli de se porter à sept heures du matin, avec sa division, pour se placer à la droite de la division Suchet, après avoir passé le ruisseau. Comme la division Suchet se placera sur deux lignes, la division Caffarelli se placera aussi sur deux lignes, chaque brigade formant une ligne, et dès lors l'emplacement qu'occupe en ce moment la division Suchet sera suffisant pour ces deux divisions.
Le maréchal Lannes observera que les divisions Suchet et Caffarelli doivent toujours être derrière le coteau, de manière à n'être pas aperçues de l'ennemi.
M. le maréchal Bernadotte, avec ses deux divisions d'infanterie, se portera, à sept heures du matin, sur la même position qu'occupe, aujourd'hui 10, la division du général Caffarelli, hormis que sa gauche sera à hauteur derrière le Santon , et y restera en colonne par régiment.
M. le maréchal Lannes ordonnera à la division de grenadiers de se placer en bataille en avant de sa position actuelle, la gauche derrière la droite du général Caffarelli. Le général Oudinot fera reconnaître le débouché ou il devra passer le ruisseau, lequel débouché sera le même par où aura passé le maréchal Soult.
M. le maréchal Davout, avec la division Friant et la division de dragons du général Bourcier, partira, à cinq heures du matin, de l'abbaye de Raigern, pour gagner la droite du maréchal Soult. Le maréchal Soult disposera de la division Gudin lorsqu'elle arrivera.
A sept heures et demie MM. les maréchaux se trouveront près de l'Empereur à son bivouac, pour, selon les mouvements qu'aura fait l'ennemi pendant la nuit, donner de nouveaux ordres.
La cavalerie de M. le maréchal Bernadotte en conséquence des dispositions ci-dessus, est mise aux ordres du maréchal Murat, qui lui fera indiquer l'heure où elle devra partir pour être en position à sept heures.
M. le prince Murat disposera également de la cavalerie légère de M. le maréchal Lannes.
Toutes les troupes resteront dans les dispositions indiquées ci-dessus, jusqu'à nouvel ordre.
Comme la cavalerie de M. le prince Murat doit, dans sa première position, occuper le moins d'espace possible, il la mettra en colonne.
Le maréchal Davout trouvera à l'abbaye un escadron et demi du 21e régiment de dragons, qu'il enverra au bivouac.
Chacun de MM. les maréchaux donnera les ordres qui le concerne en conséquence des présentes dispositions.
Le maréchal Berthier, par ordre de l'Empereur.

Austerlitz

Les forces en présence

LES COALISES AUSTRO-RUSSES

94000 hommes dont 25000 cavaliers
Le tsar Alexandre Ier
L'Empereur d'Autriche François
Le général Koutousov, commandant en chef
AILE GAUCHE : Général Buxhoenden
Avant-garde : Général Kienmayer : 7000 hommes
1ère colonne : Lieutenant-général Doktorov : 15000 hommes
2ème colonne : Général Langeron : 12000 hommes
3ème colonne : Général Pribyschevsky : 9000 hommes
4ème colonne : Lieutenant-général Kollowrath et Général Miloradovitch : 17000 hommes
CENTRE : Lieutenant-général, Prince de Liechtenstein : 7000 cavaliers. Assure la liaison entre aile gauche et aile droite.
AILE DROITE : Lieutenant-général, Prince de Bagration : 15000 hommes.
RESERVE : Grand-duc Constantin : 12000 chevaliers-gardes.


LA GRANDE ARMEE

73596 fantassins, 21815 cavaliers, 5496 artilleurs
S.M. L'Empereur et Roi Napoléon Ier, commandant en personne
ETAT-MAJOR IMPERIAL : SAS le Prince Murat, Lieutenant de l'Empereur. Maréchal Berthier, Major général. Aides de camp : Junot, Lauriston, Lemarois, Savary, Rapp, Lebrun.
GARDE IMPERIALE : Maréchal Bessière : 5373 hommes
1er CORPS D'ARMEE : Maréchal Bernadotte : 10918 fantassins, 1856 cavaliers, 1306 artilleurs.
Division d'avant-garde : Kellerman
1ère division : Rivaud
2ème division : Drouet
3ème CORPS D'ARMEE : Maréchal Davout : 18092 fantassins, 1293 cavaliers, 1036 artilleurs.
1ère division : Caffarelli
2ème division : Friant
3ème division : Gudin
Division de cavalerie : Vialanes
4ème CORPS D'ARMEE : Maréchal Soult : 24172 fantassins, 924 cavaliers, 1195 artilleurs.
1ère division : Saint-Hilaire
2ème division : Vandamme
3ème division : Legrand
Division de cavalerie : Margaron
5ème CORPS d'ARMEE : Maréchal Lannes : 1567 fantassins, 640 cavaliers, 774 artilleurs.
1ère division (grenadiers) : Oudinot
2ème division : Cazan
3ème division : Suchet
Division de cavalerie : Lasalle
RESERVE DE CAVALERIE : SAS le Prince Murat : 15681 cavaliers, 607 artilleurs.
1ère division de grosse cavalerie : Nansouty
2ème division de grosse cavalerie : d'Hautpoul
Division de cavalerie légère : Milhaud
Division de dragons à pied : Baraguey d'Hilliers
1ère division de dragons montés : Klein
2ème division de dragons montés : Walther
3ème division de dragons montés : Beaumont
4ème division de dragons montés : Bourcier
Austerlitz

La bataille

Le 2 décembre 1805, à 7h00 du matin, toute l'armée française, debout sous les armes, retient son souffle dans la nuit glaciale : les Austro-russes tomberont-ils dans le piège ? Viendront-ils se prêter à la manoeuvre de Napoléon ? Celui-ci se tient à cheval, au milieu de ses maréchaux sur la butte de Schlapanitz, quand le soleil, dissipant un brouillard épais, lui montre le plateau de Pratzen sur lequel défilent d'importantes colonnes ennemies. Déjà, une lieue plus à droite, Davout, avec 6000 hommes, à peine, commence à supporter tout le poids de l'attaque ennemie. Napoléon se tourne alors vers le Maréchal Soult qui commande son centre et lui ordonne de s'emparer du plateau de Pratzen. Autant que le soleil, le brouillard, ce jour-là, est un appoint bénéfique : il dissimule aux Russes les Français prêts à surgir sur le plateau. Alors commence la bataille qui devra durer 7 heures, mais qui se jouera en fait entre 9 heures et midi : 60000 Français affrontent 60000 Russes et 20000 Autrichiens ; dès le début, surpris d'être attaqués de flanc, les coalisés perdent la moitié du plateau de Pratzen en moins d'une heure. Le Tsar et l'Empereur d'Autriche, aux côtés de Koutousov légèrement blessé, assistent aux tentatives désespérées de celui-ci pour reprendre le plateau. Les divisions Vandamme et Saint-Hilaire du Corps d'armée de Soult se maintiennent obstinément et décident du sort de la journée, en rendant définitive la coupure de l'armée ennemie par le milieu.
A partir de midi, c'est l'hallali. Davout, qui a rejoint à marche forcée avec une partie seulement de ses effectifs, se rétablit au sud, tandis que la gauche des coalisés, prise en tenaille, est acculée à la capture ou à la noyade dans les marécages.
La garde impériale russe tente une charge de cavalerie désespérée. Des centaines de chevaliers-gardes, qui comptent parmi les grands noms de la noblesse russe, trouvent la mort dans cette ruée romantique conduite par le Prince Repnin. Leur sacrifice n'est pas inutile, car il permet à l'infanterie de la garde russe de se dégager. Seul au nord, Bagration réussit à assurer la retraite de sa droite en bon ordre.
A 17h00, la victoire est acquise.
Austerlitz

Après la bataille

DISCOURS DE NAPOLEON

Soldats,
Je suis content de vous. Vous avez à la journée d'Austerlitz, justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité ; vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de cent mille hommes, commandée par les Empereurs de Russie et d'Autriche, a été, en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s'est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de trente mille prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée, et en nombre supérieur, n'a pu résister à votre choc, et désormais vous n'avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en deux mois, cette troisième Coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée, mais, comme je l'ai promis à mon peuple avant de passer le Rhin, je ne ferai qu'une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés.
Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiai à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de la gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment nos ennemis pensaient à la détruire et à l'avilir ! Et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m'obliger à la placer sur la tête de nos plus cruels ennemis ! Projets téméraires et insensés que, le jour même de l'anniversaire du couronnement de votre Empereur, vous avez anéanti et confondu ! Vous leur avez appris qu'il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre.
Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France ; là vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes.
Mon peuple vous recevra avec joie et il vous suffira de dire, "j'étais à la bataille d'Austerlitz" pour que l'on réponde, "voilà un brave".
Austerlitz

Carte de la bataille

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